La nouvelle stratégie de sécurité américaine et l’Europe


Quand theo Francken et Georges- Louis Bouchez soutiennent la vision de Donald TrUMP !

La situation économique, géopolitique, démocratique, stratégique de l’Union européenne est l’objet de nombreuses analyses, prises de position, déclarations, … toutes les plus alarmantes les unes que les autres. Où va l’Europe ? Que doit faire l’Europe ? Le questionnent est devenu permanent.

Dans ce climat quelque peu délétère, la publication par la Maison Blanche de La nouvelle stratégie de sécurité américaine. a fait réagir. Georges-Louis Bouchez, président du MR assure que « c’est un rapport que j’aurai pu écrire ». 1 Notre Ministre de la Défense, Theo Francken, lui n’y voit rien à redire. Sur les réseaux sociaux 2, il précise :

«Ce n’est jamais agréable de devoir lire cela sur sa propre patrie. Mais ce n’est pas parce que cela vient de l’administration Trump qu’il est toujours complètement incorrect. Et en termes de message, c’est solide comme un roc [ns]. L’accent est mis en faveur de l’État-nation, contre la censure, en faveur de la libre entreprise, contre la migration éveillée et contre la migration illégale. (…)
Je ne vois pas cela comme un abandon de l’Europe par les États-Unis. Ils écrivent même le contraire. Ils expriment leurs préoccupations avec franchise et transparence. Et pour beaucoup d’Européens, c’est une pilule amère à avaler, mais aussi un signe d’approbation tacite. L’épique bataille entre le postmodernisme et le conservatisme (libéral) fait rage [ns]. Et à chaque résultat électoral sur le vieux continent, le constat est le même : les conservateurs remportent cette bataille. Le paradigme est en train de changer. Le wokisme est mort.»

Mais quels sont les éléments de ce document qui reçoivent ce satisfecit de notre Ministre de la Défense et du Président des libéraux ?

Celui-ci affirme que le but des USA « devrait être d’aider l’Europe à corriger sa trajectoire actuelle» ! Et tout y passe :
a) l’Europe sera « méconnaissable dans vingt ans ou moins », [son] déclin économique est éclipsé par la perspective réelle et plus abrupte d’un effacement civilisationnel »
b)
L’Europe est affectée par : « la chute de la natalité, la perte des identités nationales, la répression des oppositions politiques, la censure de la liberté d’expression, l’asphyxie réglementaire, la subversion des processus démocratiques par [les] gouvernements»
c)
Sans oublier l’immigration :« À long terme, il est plus que plausible qu’en quelques décennies au maximum, certains membres de l’Otan seront à majorité non européenne ».
d)
Au plan géo-stratégique , l’Europe doit assumer » la responsabilité première de sa propre défense». Oui, mais les USA ne renoncent pas à imposer leur vision à long terme : « Gérer les relations européennes avec la Russie nécessitera un engagement diplomatique américain significatif, à la fois pour rétablir les conditions d’une stabilité stratégique sur le continent eurasien et pour atténuer le risque d’un conflit entre la Russie et les États européens ».

Cela passe évidemment par un abandon de l’Ukraine et une garantie à la Russie de « mettre fin à la perception [hostile], et empêcher la mise en place [d’un] Otan comme alliance en extension perpétuelle».

Mais il ne faut pas s’y tromper. Si les USA semblent s’éloigner de l’Europe, ils ne renoncent pas y exercer leur influence. Ce document cible frontalement les démocraties libérales européennes, tout en affirmant des liens idéologiques avec les partis d’extrême droite.

On y retrouve ainsi le cœur du Mouvement MAGA : la défiance du « peuple » face aux « élites », la dénonciation du fameux Deep State, un ultra-nationalisme assumé,… Sans compter les ingérences ouvertes comme le discours de JD Vance à Munich, et les soutiens affichés à l’AFD en Allemagne ou au parti de Nigel Farage en Grande-Bretagne, à Giorgia Meloni en Italie, Wim Vilders aux Pays-Bas, … Sans parler de la présence du président du Vlaams Belang, …. à l’investiture de Donald Trump.

Où en est l’Europe ?

La réaction de la Vice-présidente de la Commission, cheffe de la diplomatie européenne, Madame Kallas illustre parfaitement l’embarras et la difficulté du positionnement européen : « Bien sûr, il y a beaucoup de critiques, mais je pense que certaines d’entre elles sont également fondées”. Cependant : “les États-Unis restent notre plus grand allié (…) nous n’avons pas toujours été d’accord sur différents sujets, mais je pense que le principe général reste le même. Nous sommes les plus grands alliés et nous devons rester unis » 3

Quant au rôle de la Commission Européenne, selon les propos de Béatrice Delvaux, Madame Van der Leyen, serait « à la tête d’un paquebot dépassé, menacé de l’extérieur et miné de l’intérieur. » 4

Cela nous rappelle ces mots du Général De Gaulle en 1965 : « Bien entendu, on peut sauter sur sa chaise comme un cabri en disant : “L’Europe, l’Europe, l’Europe”, mais cela n’aboutit à rien et cela ne signifie rien… » Il moquait les appels jugés vains à l’intégration supranationale, car il prônait une Europe des États souverains (une Europe confédérale), basée sur l’axe franco-allemand et une défense indépendante des blocs américain/soviétique, face au projet d’intégration pas-à-pas prônée par Jean Monnet et ses partisans, qui cherchaient à terme une Europe supranationale. 

Deux visions de l’avenir.

Entretemps, c’est développée l’Union des vingt-sept, mais nous restons toujours dans cet entre-deux.

En attendant la tempête …

Gabriel Maissin
11/12/2025

  1. De Standaard, 14/12/2025 p 14 ↩︎
  2. Theo F. Linkedin, 8/12/2025 ↩︎
  3. Le Monde 6/12/2025 ↩︎
  4. Le Soir, 29/12025/ ↩︎