Bon s’est entendu, il faut mettre fin au profitariat. Celui d’en -bas bien sûr. Celui d’en-haut est hors de notre portée. En cause : le paradis. Pardon, les paradis ! Fiscaux, les grandes fortunes, … Je vous passe les chiffres. 1

Tout de même, le FMI nous assure que pour redresser nos finances publiques, il existe « un boulevard de solutions, notamment du côté des niches fiscales». Il paraît que cela représenterait autour des 38 milliards. 2 Ensuite, il y a la Banque nationale qui s’interroge sur les retombées en terme d’emplois ou d’investissements productifs des 25 milliards d’aides et subventions accordées aux entreprises en 2024. Peu probable que le Gouvernement De Wever – Vandenbroucke – Prévot – Jambon donne suite à ces considérations gauchisantes !
Mais revenons à nos moutons. Il faut reconnaître que nous vivons au-dessus de nos moyens et qu’il nous faut sauver notre système social. Pour cela il convient de réduire les allocations de chômage dans le temps, de traficoter l’index, de faire travailler les gens plus longtemps, de récupérer ces sommes faramineuses que l’on déverse dans la culture, l’éducation permanente. Faire travailler les enseignants deux heures de plus ; deux heures c’est pas trop demander !
Et puis pourquoi s’arrêter en si bon chemin : vous savez les syndicats profitent de la misère en accumulant des revenus dans leurs caisses de grèves. N’oublions pas les mutuelles qui gèrent quand même beaucoup de pognon.
Et puis c’est quand même normal que l’on traque les abus, les gaspillages et qui comme l’on sait encourage le farniente. Merci Mr Christophe Deborsu qui dans une prestation journalistique remarquable, nous a ouvert les yeux. Il y a de quoi être fier : Verviers capitale européenne de la débrouille.
Nous devons tous faire des efforts et dans dix ans cela ira mieux. Nous serons sauvés. Comme on dit en flamand «streng maar rechtvaardige», traduction pour Mr Bouchez : «strict mais juste» !
Vous aurez compris, j’espère, j’en passe et des pas mûres!
Evidemment, tout cela ne doit pas nous empêcher d’avoir du cœur. On peut être libéral et s’indigner du fait qu’au Samu social de Bruxelles,« certaines chambres font penser à l’Europe de l’Est des années 80 » suivant les dires de Mme Delwart (MR) et Mr. De Gucht (Open VLD). 3 Ou nous rassurer avec Mr Vandenbroucke (Vooruit) qui nous certifie « ce sont les épaules les plus larges qui doivent supporter les fardeaux les plus lourds.» 4
Et oui ! Chez nous, au même moment, les Restos du Cœur, suite à une décision du gouvernement Arizona perdront 44 % du financement venant du Fonds social européen et sont face à un «blak-out social». Au moment où la demande d’aide explose : 1.631.189 repas en 2024, 600.000 personnes ont recours à l’aide alimentaire. (Tout cela grâce à 100 emplois et 600 bénévoles !). C’est ainsi que la rédactrice en chef du très sérieux De Standaard nous rappelle que : «les petites économies que les pouvoirs publics réalisent ici et là aux dépens des plus vulnérables les frappent de manière disproportionnée.» 5 J’y avait pas pensé !
Cela nous ramène au regretté Coluche qui au moment du lancement des Restos du Cœur (1985), joue dans un sketch le rôle d’un nantis et s’écrie: « les pauvres sont en faites des paresseux, c’est pour ça qu’ils sont pauvres … et le pire est qu’ils voudraient en plus qu’on les prenne en pitié, … salauds de pauvres ! ».
Mais cette expression se transforme dans la rhétorique néolibérale et s’étend aux chômeurs, aux allocataires sociaux, aux familles défavorisées, … Mais déborde aussi, sous des formes plus policées, pour stigmatiser d’autres catégories de la population laborieuse.
Ne sous-estimons pas la force de ces discours, aux accents de plus en plus autoritaires, qui deviennent des lieux-communs, s’imposent à l’opinion publique. En 1936, un grand économiste, nous a pourtant prévenu : «tôt ou tard, ce sont les idées, pas seulement les intérêts matériels qui sont dangereuses pour le bien ou le mal.» 6 Nous voilà prévenus !
- Quand même ! Le salaire annuel moyen des patrons des 20 plus grande entreprises est de 3 092 587 €. Pour ceux de Colruyt, Bekaert, Barco, Orange Belgium ou encore Agfa-Gevaert, etc. la moyenne est de 1 293 480 €.
Source : Xavier Baeten et Marthe Van Hove, Vlerick Business School. ↩︎ - Le Soir, 16/12/2005. Le FMI recommande de faire le tri dans les niches fiscales belges ↩︎
- Le Soir 21/12/2025 ↩︎
- «De sterkste schouders moeten de zwaarste lasten dragen» est une expression d’un banquier libéral Nicolaas Pierson, Premier ministre néerlandais entre 1897 et 1901. Depuis lors elle a fait flores à gauche. ↩︎
- Inge Ghijs, De Standaard, 22/12/2025 ↩︎
- John Maynard Keynes, Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, p. 376, Payot, 1969 ↩︎