Le pire a été évité de justesse ! Qu’ils dissent …

A propos de l’accord UE – USA sur les droits de douanes

Je ne vous parle pas d’un atterrissage d’urgence, ni d’une catastrophe ferroviaire ! Mais de l’accord UE – USA sur les droits de douanes conclut ce 27 juillet. Grâce à la maestria de Madame Von der Leyen, Donald Trump n’ a pas pu mettre sa menace à exécution de taxer nos exportations de 25, 30, 50 % et plus ! Le pire a été évité, on est revenu à 15 %, sauf pour quelques secteurs – peu importants – comme l’acier, où on reste à 50 %.

Pourtant quelque chose devrait nous mettre la puce à l’oreille. Quand Daddy Trump annonce que c’est un « very big deal, the biggest of all the deals » il y a de quoi se méfier. Essayons d’y voir un peu plus clair et de comprendre quelles peuvent en être les retombées chez nous.

  1. L’UE vois ses droits de douanes vers les USA de ± 5 %, tripler. Cette augmentation va se répercuter sur le prix de certains produits, ralentissant leur demande aux USA, incitant ainsi les entreprises concernées à se délocaliser aux states. Paradoxe : comme l’Europe s’engage à garder bas ses droits de douanes, certaines entreprises pourraient elles-aussi délocaliser aux USA pour en profiter et exporter vers l’Europe.
  2. Cet accord est également défavorable à un secteur aussi important que l’automobile. Le groupe VW a déjà annoncé de très importants investissements aux USA. Pour les produits pharmaceutiques, qui pour le moment échappent à hausse des taux, leur délocalisation pourrait être plus lente, par crainte d’une brutale pénurie de médicaments. Mais elle a commencé : AstraZeneca prévoit 50 milliards de dollars d’investissements aux USA. Pour la Belgique, c’est vraiment préoccupant, vu que ce secteur représente 50 % de nos exportations vers les USA.
  3. De manière générale, ces mécanismes de délocalisation et le différentiel de prix sont défavorables à l’emploi, directement ou indirectement via la sous-traitance. Cet effet domino risque aussi de modifier l’investissement chez nus. Mais la faiblesse de l’accord se situe aussi au niveau du secteur des services, où l’UE exporte beaucoup. Mais rien n’a été prévu dans l’accord, ce qui va augmenter notre dépendance vis-à-vis des GAFAM.
  4. De manière général, l’Europe augmente sa dépendance vis-à-vis de l’Amérique. En effet, elle s’engage à des commandes massives de matériel militaire, qui sont financés rappelons-le par le contribuable (qui doit se serrer la ceinture en matière de sécurité sociale !). Ensuite, elle s’engage à augmenter ses achats d’énergies fossiles, à hauteur de 750 milliards, ce qui ne va pas contribuer à la réalisation de nos objectifs climatiques. Où est passé le Green Deal ?
  5. Enfin, l’UE s’engage – même si ce point reste flou – via un fonds de 650 milliards à favoriser les investissements aux USA. Etonnant ! si on se rappelle qu’en avril 2024, la Commission euopénne avait accueillit le Rapport Letta, visant à mobiliser l’épargne en faveur des investissements intra UE et la rendant plus attractive pour les investisseurs étrangers. Et en septembre 2024 le Rapport Draghi proposait des mesures visant à réduire les dépendances européennes vis-à-vis de la Chine et … des USA !

Même si certains secteurs comme les équipements aéronautiques, certains produits chimiques, des équipements pour semi-conducteur ont été épargnés, car nécessaires à l’industrie américaine, on n’est pas encore au bout du chemin. De nombreux points de l’accord doivent encore être «clarifiés et finalisés» .

Mais on est droit de ne pas partager l’enthousiasme de la Présidente de la Commission qui estime que :

« C’est bon accord qui va apporter de la stabilité et de la prévisibilité des deux côtés de l’Atlantique. Cela va donner plus de clarté aux entreprises et aux citoyens. Il s’agit du plus gros accord commercial jamais conclu»

De plus l’accord devra recevoir l’aval des états de l’Union. Et là on perçoit; comme qui dirai, un certain flottement.

En Allemagne, le chancelier Frederich Merz déclare : «L’industrie allemande subira de lourdes conséquences. je ne suis pas satisfait de cet accord, mais on ne pouvait faire plus» . Ben oui : les USA sont le premier partenaire commercial de l’Allemagne.
En France, c’est plutôt la douche froide au lendemain de l’accord, le premier ministre Bayrou déclare : « C’est un jour sombre que celui où une alliance de peuples libres, rassemblés pour affirmer leurs valeurs et défendre leurs intérêts, se résout à la soumission ». Un petit pas vers le Frexit ?
En Hongrie, Viktor Orban, ne cache pas sa joie : « Ce n’est pas Donald Trump qui a conclu un accord avec Ursula von der Leyen, c’est plutôt Donald Trump qui a mangé Ursula von der Leyen au petit déjeuner». Premier Ministre, mais quand même, quel goujat !
En Italie, Madame Meloni, se montre prudente, affirmant qu’on a évité une escalade dévastatrice, elle ajoute :. « Je pense qu’il s’agit d’une base viable, après quoi il faudra évidemment entrer dans les détails ». L’enfer est toujours dans les détails …

Et chez nous? Notre Premier Ministre, se dit soulagé, mais reste inquiet sur les droits de douanes et leur mise en œuvre. « J’espère sincèrement que les Etats-Unis s’éloigneront de l’illusion du protectionnisme et qu’ils embrasseront à nouveau la valeur du libre-échange, pierre angulaire de la prospérité partagée » a-t-il publié sur le réseau social d’Elon Musk.
Spes nos vivos servat … comme dirait Bart de Wever. L’espoir fait vivre …

Sources : La Libre, Le Soir, Le Monde, L’Echo, Le Vif, La Reppublica (28/29 juillet)

Gabriel Maissin