Israël a un plan pour sortie de la guerre à Gaza. Mais pas n’importe lequel !

A l’occasion d’un cesse-le-feu, il serait proposé aux populations palestiniennes soit l’exil vers certains pays comme la Libye, l’Ethiopie ou l’Indonésie, soit le regroupement dans une «ville humanitaire» dans le sud de la bande de Gaza, sur les ruines de Rafah. Selon les propos de Netanyahu en visite à Washington le 7 juillet : «la ville humanitaire» offrirait : logement, nourriture, hôpitaux, écoles, et … liberté de circulation en son enceinte. Nous sommes proches du Prix Nobel de cynisme !

Car, les populations qui y seraient transférées y resteraient confinées, ne pouvant en sortir que pour s’exiler. De plus, selon Yigal Bronner, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem : « vous pouvez l’appeler comme vous voulez : ville humanitaire, centre d’accueil, comme vous voulez, mais ce que Netanyahu et Katz ont en tête, c’est un camp de concentration. Quand vous entassez autant de gens dans un petit espace, vous créez un camp de concentration. (…) « Si elle est construite, ce sera un endroit où les conditions de vie seront insupportables, conçu pour chasser les Palestiniens de Gaza. » (1)

Pourtant la réalisation de ce projet ne va pas de soi. Le projet présenté par l’armée à Netanyahu, qui l’a rejeté et réclame désormais un projet moins coûteux et plus rapide. Les coûts prévus, se situent entre 2,7 et 4,5 milliards de dollars et la réalisation pourrait prendre deux ans !
De plus, le chef du Mossad, David Barnea, s’est rendu à Washington pour demander aux États-Unis d’offrir des « incitations » pour convaincre la Libye, l’Éthiopie et l’Indonésie d’accueillir les «départs volontaires», sans obtenir encore un engagement ferme.

En Israël, les médias en parlent, mais, à de rares exceptions près, ils ont tendance à se concentrer sur les aspects techniques, comme les coûts, tout en négligeant ses implications éthiques et morales et la violation du droit international. Ce que souligne un appel de 16 universitaires et professeurs de droit international : « Si ce plan était mis en œuvre, il constituerait une série de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité et, dans certaines conditions, pourrait constituer un crime de génocide »

Un appel peu entendu par une opinion publique plutôt indifférente. Vox clamantis in deserto …

Gabriel Maissin
22 juillet 2025

(1) Cité par l’hebdomadaire Il Manifesto, 21 juillet 2025

«Gaza au défi de l’histoire». Après les attaques du Hamas, le sept octobre 2023 et la guerre à Gaza; on peine à trouver les mots. Non seulement pour en décrire les atrocités, mais aussi pour en donner une caractérisation, pour en définir leur nature même. Face aux fausses vérités et à la partialité des jugements comment prendre position au-delà de l’indignation ?
L’essai de Enzo Traverso, Gaza devant l’histoire, Montréal, Lux éditions, 136 p., nous y aider. Lire l’article