La Belgique sur le sentier du néolibéralisme

Profil d’une politique économique (1977 – 1994)

La Belgique n’a pas connu une “révolution conservatrice” tapageuse, à « la Tatcher ». (1) Mais elle est bien devenue un pays à la politique économique néolibérale. L’analyse de cette transformation (1977 – 1994) permet également de comprendre les développements et les options des derniers gouvernements, qui malgré les variations liées au type de coalitions, se situent dans cette continuité, avec une forte accentuation par la coalition «ARIZONA» pour aboutir à un néolibéralisme autoritaire. (voir l’étude Décoder l’Arizona).
(1) Même si le Président du MR, Mr Georges-Louis Bouchez, déclarair à La Libre Belgique le 12 Juillet 2025 : « La Belgique a besoin d’une Margaret Thatcher plutôt que de comiques qui promettent de l’argent magique ». C’est gentil pour ses partenaires.

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Les principales conclusions que l’on peut tirer de l’évolution du rôle économique de l’État en Belgique durant cette période de 1977 à 1994) peuvent être classées en quatre rubriques :

  1. Réorientation du rapport salarial. D’abord par la remise en cause des mécanismes de la concertation sociale, ensuite par la limitation de leur portée l’État est parvenu à remodeler complètement la formation générale des salaires et le fonctionnement du marché du travail. Espacement et encadrement des accords interprofessionnels, multiplication des conventions d’entreprises et institutionnalisation par le biais légal, d’une norme de compétitivité « macro-économique » forment le cadre de cette évolution.
    La flexibilisation du marché du travail, dont témoigne la croissance de l’emploi à temps partiel, la multiplication des contrats atypiques, combinée à des mesures restrictives en matière d’indemnisation du chômage, contribue à une détériorer le rapport de force et les capacités de négociations des organisations de travailleurs.
  2. La redistribution des revenus. Un ensemble de mesures structurelles (comme la modification du taux du précompte mobilier, les avantages pour le capital à risque, où la législation sur les centres de coordinations,..) ainsi que des réformes fiscales avantageuses pour le dixième décile des revenus imposables aboutissent à un traitement différencié des revenus de la propriété et du revenu du travail.
    La distribution du revenu national devient, malgré l’apparence statistique, plus inégalitaire. Tandis que le régime fiscal relance les placements financiers et soutien les marges des entreprises.
  3. La gestion de la dette publique : outil de modernisation financière. L’exécution d’un plan d’ajustement pluriannuel des finances publiques et la mise en place d’une meilleure maîtrise « institutionnelle » de la politique budgétaire (loi de financement des régions et communautés, normes européennes de convergences et priorité à la politique du franc fort), sont suivies d’une gestion « modernisée » de la dette publique qui accompagne le mouvement général de « restructuration et d’internationalisation » des groupes financiers belges et du marché des capitaux.
    Cette politique a créé les conditions pour drainer les capitaux nécessaires au service de la dette. Mais simultanément, elle a augmenté considérablement sa dépendance à l’égard des marchés financiers. Un élément clef de la « consolidation » de cette nouvelle politique budgétaire est la globalisation des budgets de l’État et de la Sécurité sociale.
    La dette publique ne peut plus être considérée comme une simple charge, obligeant à maintenir une politique d’austérité. Étant donné son volume et le poids de son service, sa gestion est devenue un élément clef pour la place financière de Bruxelles.
  4. La modifications des aides aux entreprises, politique industrielle et privatisations. Avec la fin des années 80, s’achève une politique de restructurations des secteurs de l’industrie qui furent dans l’après-guerre les porteurs de l’accumulation. L’ intervention de l’État, dans ces restructurations a pesé considérablement sur l’évolution budgétaire, sans résultats proportionnels en matière d’emploi. L’intervention de l’État a rendu possible le désengagement des capitaux privés investis dans la période antérieure (souvent avec son aide). Sans ce type de soutien, il est probable que des groupes comme celui de la Générale n’auraient pas pu se repositionner et nouer de nouvelles alliances.
    La politique industrielle s’est également infléchie en passant des politiques d’aides héritées des « lois d’expansion », vers la pratique systématique de prise de participations minoritaires de la part des holdings et sociétés de crédit publics. Alors que ce secteur est en cours de privatisation.
    Le développement de la privatisation est l’autre donnée marquante. Commencées durant les années quatre-vingt, les privatisations ont connu une brusque accélération au début des années nonante. Elles avancent très rapidement dans le domaine des entreprises publiques de crédit et sont dans une phase préparatoire pour les grandes entreprises publiques, devenues autonomes au plan de la gestion, comme Belgacom, la Poste, ou les Chemins de fers, …

Table des matières : Introduction, le cas belge (1) Des mesures d’austérité hésitantes à la dévaluation du franc : 1977-1982 (2) L’âge de l’austérité : 1982 -1987 (3) De la logique budgétaire au celle du franc fort : 1988 – 1992 (4) Privatisation et réforme de la sécurité sociale 1992-1994 5.Aspects généraux de la politique industrielle